SOLISLe chemin vers l’avenir
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Chapitre 07

Éducation et savoir

À trente-neuf ans, Mara s’était remise à apprendre : la pédologie, parce qu’on ne pouvait pas comprendre le fleuve sans le sol. Personne ne demanda pourquoi elle faisait cela à trente-neuf ans. Le cours ne coûtait rien, l’entreprise lui donnait le temps, et à la fin, son profil ne portait pas de note, mais ce qu’elle savait désormais faire. Sa fille Ida, seize ans, était la même année dans une classe qui apprenait justement à interroger toute autorité. Y compris l’ordre dans lequel elle vivait. Y compris ce livre.

Imagine un monde où aucun enfant n’ait plus jamais à dire : je n’ai pas le droit d’apprendre. Je suis trop pauvre. Je suis trop bête. Je suis trop vieux. Je suis trop différent. Dans ce monde, l’éducation n’est ni un luxe, ni un commerce, ni un instrument du pouvoir. Elle est un droit humain fondamental, aussi indispensable que l’eau, la nourriture et la sécurité. C’est le monde que décrit ce chapitre, et en même temps l’endroit où se décide si un ordre forme des sujets ou des êtres humains capables de l’examiner.

L’éducation comme droit et comme fondement

Dans SOLIS, l’éducation est un droit fondamental, et ce choix découle de l’idée que l’éducation est bien plus que la transmission de savoirs. Elle est l’accès à l’information, la capacité de réflexion, la possibilité de s’épanouir et la clé de l’autodétermination, de la participation et de la dignité. Sans elle, l’être humain reste dépendant et vulnérable, la pauvreté se reproduit de génération en génération et l’inégalité se transmet. Celui qui garantit l’éducation garantit avec elle tous les autres droits. Celui qui la refuse retire aux gens le fondement de leur liberté.

L’accès est libre et sans obstacle. Chaque personne a droit à l’éducation, et cela dès la naissance, car l’éducation ne commence pas à l’école, mais dans la famille et dans la communauté, et elle ne s’arrête pas à un diplôme, mais accompagne toute la vie. Une future mère obtient l’accès au conseil et au matériel d’apprentissage. Un adolescent en situation de handicap reçoit des systèmes d’apprentissage qui favorisent ses forces et compensent ses obstacles. Une personne âgée peut se former sans frais à de nouvelles langues, techniques et matières.

Parce que tout le monde n’apprend pas de la même façon, le système éducatif est adaptable. Il tient compte des différents chemins d’apprentissage, respecte la diversité culturelle et comprend les handicaps non comme des déficits, mais comme des variations de l’expérience humaine. Des plateformes numériques, des espaces d’apprentissage communs et un accompagnement spécialisé veillent à ce que les contenus soient présentés de manière souple et adaptés aux besoins particuliers. Les obstacles artificiels disparaissent. Il n’y a pas de coûts qui réservent l’éducation aux aisés, pas de barrières d’admission qui font dépendre les chances de l’origine et du réseau, et pas de discrimination qui exclut systématiquement les minorités. Une adolescente surdouée issue d’un foyer pauvre n’a pas à s’endetter pour étudier. Un ouvrier qui veut se réorienter à cinquante ans n’est pas bloqué par la bureaucratie. Un réfugié obtient aussitôt l’accès à la langue et à l’apprentissage au lieu d’années de files d’attente.

Tout cela est porté par une infrastructure éducative financée en commun, faite d’écoles, de bibliothèques, de centres d’apprentissage et de plateformes numériques, car l’éducation est considérée comme un gain commun et non comme une marchandise. Elle fait partie de l’approvisionnement de base auquel chacun a droit. Ses contenus sont fondés scientifiquement, réfléchis éthiquement et présentés de manière diverse. Une limite est ainsi tracée dès le début, sur laquelle ce chapitre reviendra : pas d’endoctrinement, pas de propagande et pas de dictée d’opinions « justes ».

Apprendre toute la vie

Dans la plupart des sociétés actuelles, l’apprentissage est organisé comme une étape close de la vie : d’abord l’école, puis la formation, ensuite la vie active, et l’être humain est alors considéré comme achevé. Dans un monde qui change vite, cette idée est funeste, car l’immobilité signifie le recul, et le savoir d’hier ne suffit pas à résoudre les problèmes de demain. SOLIS part du principe qu’on n’arrête jamais d’apprendre. Non parce que l’être humain devrait s’optimiser sans relâche, mais parce qu’apprendre fait partie de l’humanité, une expression de la curiosité, de la croissance et du lien.

Chaque personne a donc accès toute sa vie à un large éventail de possibilités d’apprentissage, aux établissements formels comme aux formats informels et aux chemins autonomes. Un artisan qui veut se former à quarante ans à l’architecture durable trouve des cours ouverts et des mentors. Une personne qui reprend après des années reçoit des programmes qui la mettent à jour. Une adolescente animée d’un intérêt rare travaille tôt avec des chercheurs. Apprendre n’est ni un stigmate ni un symbole de statut, mais une partie évidente de la vie. Personne n’est moqué parce qu’il apprend encore dans la vieillesse, et personne n’est exclu parce que son apprentissage est informel.

Pour que cela soit possible, le monde du travail doit encourager l’apprentissage au lieu de le punir. Dans beaucoup d’emplois actuels, la formation continue est une charge privée, sans temps et sans moyens. Dans SOLIS, les entreprises sont tenues de rendre possible une formation continue, les horaires de travail sont conçus pour laisser place à des phases d’apprentissage, et de nouveaux rôles et chemins naissent d’un développement tout au long de la vie plutôt que d’un diplôme unique. Une soignante expérimentée qui veut passer à la robotique y est encouragée et non freinée. Les phases d’apprentissage sont protégées, parce que l’approvisionnement de base ne dépend pas de l’emploi, de sorte que personne n’a à s’endetter pour se former. À la place du diplôme unique qui décide d’une personne toute sa vie vient un profil croissant de ce qu’elle sait faire. Les projets, les expériences, les contributions à la communauté et les examens formels comptent de la même façon, et aucune porte ne se ferme pour toujours parce qu’un examen a échoué à dix-sept ans. Ainsi naît une société qui reste curieuse à tout âge et devient ensemble plus sage et plus adaptable.

L’accès au savoir et la transparence

À l’ère de l’information, le savoir est plus qu’un pouvoir. Il est la base de la survie, de l’invention et de la liberté. Et pourtant, dans la plupart des systèmes actuels, il n’est pas libre, mais caché derrière des murs payants, figé dans des brevets, amassé dans des monopoles de données et instrumentalisé par les gouvernements comme par les grands groupes. SOLIS traite le savoir comme un bien commun, non par romantisme, mais par nécessité, parce qu’une société qui partage le savoir est plus résiliente, plus inventive et plus juste.

Pour cela, SOLIS entretient des systèmes de savoir ouverts, multilingues et accessibles à tous, qui rendent disponibles les connaissances scientifiques, les développements techniques, les sources historiques et les œuvres culturelles, complétés par des centres de savoir locaux, afin que les personnes sans infrastructure numérique y aient aussi accès. Une communauté villageoise peut ainsi accéder au même état du savoir médical qu’un laboratoire de recherche, et un adolescent a accès aux supports de cours des meilleures universités. Ce qui a été financé en commun appartient à la communauté. Les études, les données et les méthodes de la recherche financée publiquement sont librement consultables, ce qui multiplie la force d’invention, évite les doublons inutiles et crée la confiance.

L’invention de l’individu reste protégée, mais pas aux dépens de la collectivité. Comme le fixe l’ordre économique, celui qui invente reçoit la reconnaissance et un revenu tiré de l’utilité de son invention, tandis que l’invention elle-même est ouverte à tous après un délai raisonnable. Dans des domaines comme la médecine, les techniques environnementales et l’approvisionnement de base, la collectivité a la priorité dès le départ. Une entreprise qui développe une substance active en est honorée, mais dans une crise sanitaire, la substance est ouverte à tous ceux qui en ont besoin. Ainsi, le savoir ne devient pas une marchandise, mais reste une force de vie ouverte à tous, une application de cette transparence que SOLIS exige aussi de ses propres institutions.

La créativité et la pensée critique

Dans beaucoup de systèmes éducatifs actuels, le message caché est qu’il faut absorber ce qui est donné et le restituer correctement. On récompense l’adaptation, non l’écart. Dans un monde toujours plus complexe, cela ne suffit pas. Une société a besoin de gens qui voient de nouveaux chemins, remettent en question les vieux schémas et regardent les problèmes sous des angles inhabituels. C’est pourquoi SOLIS ne comprend pas l’éducation comme un entrepôt de savoir, mais comme un espace de pensée et d’exploration, où il ne s’agit pas seulement du quoi, mais tout autant du comment et du pourquoi.

Dès l’enfance, on n’apprend donc pas seulement des faits, mais des méthodes : analyser une situation, reconnaître des schémas et des contradictions, poser des questions précises et distinguer les causes superficielles des causes profondes. Un événement historique n’est pas récité, mais élaboré : pourquoi il a eu lieu, quelles perspectives existaient, ce qui aurait pu se passer autrement et quels parallèles existent avec le présent. La créativité n’est pas considérée comme un ornement, mais comme une compétence centrale dans l’art et la science autant que dans l’économie et la vie quotidienne : la capacité de relier l’inattendu, de supporter l’incertitude et d’oser le neuf sans craindre l’erreur. Un système éducatif qui procède ainsi ne remplit pas des vases, il allume un feu. Il permet de défier les enseignants, laisse des projets échouer tout en restant précieux et ne mesure pas le savoir coché sur une liste, mais la découverte de solutions propres.

La maturité de remettre en question SOLIS lui-même

Ici se trouve un choix décisif pour toute l’œuvre. Une pensée critique qui s’arrête devant l’ordre existant n’est pas une pensée critique, mais son contraire. C’est pourquoi l’éducation, dans SOLIS, enseigne expressément à remettre en question toute autorité, y compris SOLIS lui-même, ses institutions et ses titulaires de charges. Elle ne transmet pas seulement aux gens les valeurs de l’ordre, mais les outils qui permettent de reconnaître si l’ordre est à la hauteur de ces valeurs, et avec lesquels il peut être changé ou aboli s’il ne l’est pas. C’est justement là que se trouve la protection la plus forte contre la sclérose de tout ordre en dogme et contre la manipulation de l’espace public dont parle le chapitre sur l’ordre du pouvoir. Une population qui a appris à vérifier les sources, à comparer les perspectives et à interroger le pouvoir ne se laisse pas dominer. SOLIS n’exige pas de ses citoyens qu’ils le suivent, mais qu’ils sachent juger, et il accepte ainsi d’être mesuré à ce jugement et, si nécessaire, rejeté par lui.

L’éducation éthique

À une époque où la technique, le pouvoir et le savoir créent des leviers toujours plus grands, il ne suffit pas de traiter l’éthique comme une matière secondaire. Une seule personne peut aujourd’hui paralyser des systèmes, modifier des codes génétiques ou influencer la vie de millions de gens par les chaînes d’approvisionnement et les flux de données. Si ces leviers sont actionnés par des gens qui ne pensent qu’à eux-mêmes, cela finit dans l’injustice et la destruction. C’est pourquoi SOLIS ne fait pas de l’éducation éthique un programme spécial, mais le fondement qui traverse tous les domaines.

La réflexion éthique est intégrée dans chaque discipline. Dans les sciences de la nature, il s’agit de la responsabilité envers l’environnement et les conséquences, dans l’économie de l’équité et de la durabilité, dans la médecine des droits des patients et de l’accès équitable, dans la technique de la question des abus. Chaque matière contient la réflexion sur la responsabilité, et chaque projet réfléchit à ses conséquences éthiques et pas seulement à son utilité. Celui qui construit une application en classe se demande en même temps à qui elle sert, qui elle met en danger et ce qui se passe si on l’utilise à mauvais escient. Cette éducation commence tôt. Dès l’enfance, on apprend à réfléchir aux conséquences de ses actes, à se mettre à la place des autres et à prendre des responsabilités, en élaborant ensemble des règles, en résolvant des conflits et en discutant de vrais dilemmes. Et elle fait de la discussion éthique une chose normale, dans les écoles, les médias et les voisinages, parce qu’une société saine ne fuit pas des questions comme celles de la vie bonne, de la responsabilité envers les générations futures et des limites de la liberté, mais en a besoin.

L’éducation, non le conditionnement

Se pose alors une objection que SOLIS prend au sérieux et n’escamote pas. Une société qui forme ses jeunes aux valeurs dont elle vit court toujours le risque de faire de l’éducation un conditionnement, de la formation à la maturité un dressage à la docilité. C’est précisément ce pas que SOLIS refuse, car il serait le trait autoritaire que l’ordre entier combat. La limite passe par un seul point. Une société peut former sa relève aux valeurs qui la portent, mais seulement sous une forme qui préserve la capacité d’examiner et de rejeter ces valeurs. L’éducation éthique, dans SOLIS, n’implante donc pas de convictions fixes et « justes ». Elle forme le jugement moral autonome, la capacité de mesurer SOLIS lui aussi à ses propres critères. Une formation qui laisse l’être humain libre est une éducation. Une formation qui le lie est un endoctrinement. Seule la première est compatible avec les fondements de cet ordre.

Les réseaux mondiaux du savoir

Les grandes questions de ce siècle, le climat, l’énergie, la santé, la paix, la technique, ne connaissent pas de frontières et exigent des réponses mondiales. De telles réponses ne naissent que si le savoir est relié librement par-delà les pays, les cultures et les disciplines. Dans SOLIS, les écoles, les universités et les centres de recherche ne sont donc pas des îles isolées, mais une partie d’un réseau mondial qui partage les données et les méthodes, porte des projets communs et forme des communautés d’apprenants et d’enseignants par-delà les frontières. Une école d’un continent travaille avec une école d’un autre sur un projet de reboisement et relie ainsi le savoir local sur les plantes, les données climatiques et la technique en un modèle qui agit dans les deux régions.

Dans SOLIS, « mondial » ne signifie pas « occidental », mais divers et mutuellement enrichissant. Le savoir qui compte n’est pas seulement celui des grandes universités, mais aussi celui des communautés autochtones sur les écosystèmes, des cultures artisanales sur les produits durables et des mouvements artistiques sur l’expression et le changement. Un projet d’eau potable propre peut ainsi relier la haute technologie, les méthodes transmises et une conception intelligente en une solution adaptée localement, utilisable partout et respectueuse des cultures. De cette façon, les gens n’apprennent pas seulement sur d’autres cultures, mais avec elles et d’elles, et il naît ce jugement interculturel qui crée la confiance là où d’autres élèvent des murs. Le savoir devient ainsi un réseau mondial de points de lumière qui s’éclairent mutuellement.

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